Et voilà.
Teenage K, éternelle adolescente, entre un peu plus dans l’âge adulte. Et je n’en suis même pas un tantinet chagrin. Je rejoins le clan très select des propriétaires parisiens. Je sais, ça fait rêver. Un peu moins quand je pense au 150 mètres carré que j’aurais pu m’acheter pour le même prix si la vie m’avait amenée à habiter Roubaix ou le Havre. Mais en même temps qu’est-ce que je me serais fait chier.
Alors voilà, je suis contente de mon futur havre de paix à moi, 33m2 tout mouillé, à Paris on appelle ça le “charme”. Je remercie au passage mon géniteur, qui s’est coltiné bon nombre de visites à ma place.
Depuis que j’ai commencé à chercher un appart, j’ai pu découvrir le monde merveilleux des agences immobilières. Egalement appelé règne des imposteurs, cet univers très particulier m’a permis d’apprendre de nouveaux mots de la langue française. Mon nouveau mot préféré est né dans la vitrine crasseuse d’une agence immobilière spécialiste du bien hyperbolique.
J’ai regardé dans le dico, mais n’ai trouvé nulle trace de ce terme très classieux : le “souplex”. Je connaissais le duplex, la soupline, mais pas le souplex. Mais finalement c’est assez explicite. Le souplex, c’est un duplex inversé, le royaume des gnomes, l’appartement sur deux niveaux, rez-de-chaussée et sous-sol.
Un rez-de-chaussée, avant, c’était là qu’on logeait les poubelles et la concierge. A la cave, on mettait le rebut, les vêtements hors saison et l’appareil à raclette. Maintenant, on vend ça des centaines de milliers d’euros, sans complexe. Et ça marche.
A quelques exceptions près, l’agent immobilier est un arracheur de dents. Parfois, on va visiter un “deux pièces spacieux”, on entre, on fait un tour sur soi-même et puis on ressort. On se retrouve sur le palier, sans avoir compris si on avait visité ou pas, et un monsieur en costard tout sourire nous demande si on veut faire une offre. Alors oui, je vous donne mon lit, ma télé, tiens et puis mes chats aussi, et prenez mon armoire avec, de toute façon j’en aurai plus besoin. Merci de murer la porte en sortant, vous serez bien aimable.
Après quelques visites complètement à l’ouest, on apprend à ne plus faire confiance aux photos de faux culs des employés qu’on trouve sur leur site. Car la langue immobilière, si on n’en maîtrise pas les bases, peut s’avérer pleine de faux amis. Par “bien d’exception”, comprenez complètement surestimé, “charmant” signifie bien entendu minuscule, “quartier en évolution”, fuyez.
Et puis un jour on tombe sur un agent à l’ancienne, qui n’a pas de site internet mais de la moquette sur ses chaises et un collier de barbe. Et bizarrement, on lui donne notre confiance entière, celle qu’on avait gardé depuis quelques mois bien bien intacte.
Et quelques jours plus tard, on signe un papier plein de mots qu’il faut parapher dans tous les sens, et on est bien content que tout ça soit fini.
La prochaine étape va presque être aussi ardue. Trier les bouquins et les fringues, c’est toujours un crève cœur. Laisser derrière soi les jeans dans lesquels on n’est jamais rentrée malgré ce qu’on a pu dire, jeter dans les bennes municipales les robes trop vulgaires qu’on avait achetées en se prenant pour Lilly Allen, les pompes à talons importables sur plus de 3 mètres de distance, tout ça, ce n’est pas facile pour une fille. Je ne parle même pas des cinquante crèmes solaires indice 30, ni des tonnes de mauvais bouquins qu’on aimerait quand même bien garder dans sa bibliothèque parce que ça fait genre on lit beaucoup.
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Le combat sera long, les décisions difficiles, mais je sais que je viendrai à bout de mon tas de saloperies. Dans quelques mois je serai toute neuve, ravalée, avec cuisine équipée.
K.

janvier 7, 2011 à 9:42
Un vrai régal, ce menu du jour !!! Lu et relu, et encore une fois comme dessert.
janvier 10, 2011 à 8:18
J’attends avec impatience tes commentaires sur le déménagement et les travaux !
avril 19, 2011 à 6:29
La cuisine, c’est fait ….. pour le tas …….
avril 22, 2011 à 9:22
Voilà à cause de l’avènement des souplex, on a plus de cave pour garder toutes les fringues et chaussures achetées de manière compulsive en ventes privées, qu’on me met jamais mais qu’on aime ou qu’on s’est forcé à aimer profondément! Voici une conséquence dramatique de la montée des prix à Paris!
Et on nous dit qu’il va falloir… “trier”! Moi je proteste, défends le droit de ne pas trier et propose de tout garder! Je garde tes fringues et tes chaussures : tu pourras avoir un petit droit de visite voire même de sortie. Chez moi, ils seront encore à toi… mais un peu à moi aussi!