Finally we are no one

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Avec le recul, ma toute première expérience de Cannes était empreinte d’une loose intersidérale.

Après 5 heures de bus scolaire dont les chiottes étaient bouchées, nous arrivâmes, fiers et enthousiastes, dans la ville qui chaque année célébrait le 7ème art. Ayant nous-mêmes pris l’option “Audiovisuel” pour notre bac L, nous étions convaincus de la légitimité de notre présence au Festival de Cannes. Il était clair qu’on n’attendait que nous.
12 heures plus tard, dans notre chambre Pierre et Vacances du bord de l’autoroute direction la Napoule, le doute commença à s’installer.

Dans notre esprit, Cannes était synonyme de tapis rouge, de soirées arrosées sur des plages animées par les meilleurs DJs du monde, de happenings et de situations extrêmes. En me regardant ce soir-là dans le miroir de notre salle de bains de 2m2, je me rappelle avoir ressenti une profonde déception. La télé, mon seul Dieu, m’avait vendu un rêve inaccessible.

J’étais certes ravie d’avoir pu toucher l’avant-bras de Jason de Beverly Hills en hurlant son nom, alors que les vigiles me dégageaient à coups de coude dans les dents, heureuse également d’avoir pris des tas de photos de gens que je ne connaissais pas mais qui semblaient être célèbres, et enthousiasmée par la leçon de cinéma de Youssef Chahine à laquelle je m’étais endormie sur ma chaise. Mais de Cannes, j’attendais plus. Je restais donc sur le petit balcon de ma chambre partagée avec deux autres lycéennes, à regarder au loin les lumières de Cannes, essayant d’imaginer quelles aventures extraordinaires d’autres que moi avaient la chance de vivre à ce moment précis. Je finissais par aller me coucher des rêves plein la tête, en essayant de ne pas trop me focaliser sur les ronflements de la chambre voisine.

12 ans plus tard, Jason n’est plus là. Ou s’il est quelque part, c’est probablement au Pierre et Vacances du bord de l’autoroute.

Mes confrères et moi avons acquis un sens aigu de la paillette. Nous savons reconnaître en un coup d’oeil qui fait partie du milieu et qui restera sur le bas côté. Notre quotidien se partage entre rendez-vous professionnels, déjeuners sur les plages, montées des marches du célèbre Palais et soirées de films.
Nous prenons un malin plaisir à nous moquer des cagoles du coin complètement surlookées qui semblent espérer entrer dans la sphère. Nous jetons des regards moqueurs à  cette foule agglutinée devant le palais 12h par jour, avec ses escabeaux accrochés aux rambardes pour plus de sécurité. Nous invectivons les touristes venus là le week-end se nourrir un instant de cette ambiance glamour et délétère, polo autour des épaules, appareil photo en bandoulière. Chaque traversée de la Croisette est l’occasion de jurons contre ces vacanciers qui n’avancent pas assez vite. Nous sommes plus pressés que dans notre cher métro parisien.

A la fin de notre soirée, passée sur une plage à boire gratos et à critiquer la musique, nous nous plaindrons de la fermeture prématurée à 3h du mat’.” Bon, c’est quoi le plan maintenant?”

De temps en temps pendant le festival, je croise une petite nana mal attifée, assise n’importe où, complètement perdue et pourtant béate, entourée de sa bande de copines qui s’esclaffent.
Bizarrement c’est à cette petite nana que je pense chaque soir en regagnant notre immense maison avec terrasse.

K.

Une Réponse à “Finally we are no one”

  1. J ¨ dit :

    T’as tout compris, toi.

    Ma première expérience cannoise était encore plus louzeuse que la tienne, mais je mets pas ça sur Internet, je ferai ça après la deuxième Greenbergen (minimum).

    Biz

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