La splendeur de la Teen

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“T’étais comment, toi, à 14 ans?”
Cette question, posée un soir par un ami, a ruiné ma vie.

J’ai tout d’abord souri, me remémorant avec tendresse ma jeunesse insouciante.

Je me suis souvenue de mon look atroce, essayant de copier sans succès les belles gosses populaires de ma classe.

Je me suis souvenue avoir été fan d’East 17 (dossier, je sais), hurlant à tue tête les chansons écoutées au walkman, pendant que mon frangin et ma mère se foutaient de moi, l’oreille collée à la porte de ma chambre.
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Je me suis souvenue avoir chapardé des kilos de fruits en été, pour les manger comme un goret planquée dans un coin.

Je me suis souvenue de mes heures passées à la bibliothèque du collège, ayant adopté pour but ultime la lecture de tous les volumes alignés dans les rayons, par ordre alphabétique.

Tout ceci m’a poussée à rouvrir la boîte de Pandore, plus communément appelée mon journal intime 1994.

Jusqu’ici je m’étais vue comme une adolescente timide, peu sûre d’elle, un peu geekette, mais quand même un poil futée.
Belle erreur.

En relisant quinze ans plus tard les premières lignes de ce maudit journal, j’ai eu un sursaut de dégoût. J’avais oublié un détail très gênant. Je donnais à mon journal intime un prénom ridicule, je le tutoyais, et lui demandais même comment il allait chaque jour. J’ai entraperçu dans un éclair de lucidité l’ado que j’avais été.
Exactement comme quand je suis arrivée à la scène la plus flippante de Shining de Stephen King, j’ai immédiatement refermé mon journal et je l’ai planqué dans le frigo.

Pendant deux semaines, j’ai essayé d’ignorer son existence. J’ai tout tenté pour opposer à ce que je venais de lire de bons souvenirs de moi adolescente. Ceux qui auraient pu me mettre en valeur un minimum.
Et puis il a fallu me rendre à l’évidence : l’ado que j’étais à 14 ans était d’une stupidité dépassant les limites de la compréhension.

C’est dur, à 29 ans, de réaliser qu’on a construit sa vie en partant de là. Des centaines de pages grattées soir après soir, relatant dans un français douteux des histoires de cœur qui donneraient la nausée aux scénaristes des pires nanars.
“Machin m’a regardée aujourd’hui”. Vlan, 14 pages.
“Bidule a dit à truc que trucmuche m’avait souri”. Paf, 12 pages.
Et ça continue comme ça en tartines hallucinantes de crétinerie.

Au total, si je compte mon année 1994, j’aurais été amoureuse de 29 personnes différentes. Dont je ne connaissais pas forcément le prénom.

Navrant.

Où sont passées les choses qui me préoccupaient vraiment à cette époque? Est-ce qu’il y en avait seulement?
Et que sont devenus mes souvenirs émouvants? Est-ce que j’ai vraiment vécu les moments que je crois, où est-ce que c’est juste en les remémorant qu’ils me sont apparus purs et beaux… Bref, tous mes souvenirs un minimum glorieux sont-ils bons à jeter à la cuvette?

Triste constat : si je rencontrais là tout de suite mon moi de 14 ans, je lui mettrais une bonne grosse baffe.

Et j’hésite presque à m’en coller une maintenant.

Mais j’espère bien qu’il y a prescription.

K.

Une Réponse à “La splendeur de la Teen”

  1. Mum dit :

    Une telle capacité à l’auto-dérision force le respect…
    Quant au socle de ta vie, il n’est pas fait que de tes 14 ans !
    Heureusement ? Oui, peut-être …..
    Mais tu as beaucoup de chance de n’avoir que cette période de ta vie à renier !!!!

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