Mon Légionnaire – aka “Où est Charlie?”

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La dernière fois que j’ai vu mon légionnaire, c’était il y a plus d’un an. A l’époque il n’était pas encore légionnaire mais animateur sportif. Comment passe-t-on de l’animation pour les 5-12 ans à la maîtrise des armes? Je ne sais toujours pas, et je n’ai toujours pas compris non plus.

Nous nous voyions le printemps arrivé, quand la saison sportive cessait et que commençaient les tournois mixtes. Nous nous entendions bien sur le terrain, nous nous entendions encore mieux par ailleurs.

C’est donc naturellement que je décrochais mon téléphone en mai dernier, pensant qu’il voulait me proposer un petit tournoi entre potes, comme d’habitude quand il m’appelait. Cette fois c’était pour m’apprendre qu’il s’était engagé 8 mois plus tôt dans la Légion Etrangère, et ce pour 5 ans. Je n’en revenais pas. Je l’avais toujours vu comme quelqu’un de calme, un peu timide et sociable pourtant, aimant la vie. Je ne voyais dans tout ça aucun rapport avec l’idée que je me faisais de la légion. Fausse idée, peut-être bien.

Ca fait maintenant plus d’un an et demi que nous ne nous sommes pas vus, mais nous avons gardé un contact plus qu’irrégulier via facebook, MSN et ce genre de conneries.

Et aujourd’hui, en revenant de la lointaine banlieue de mon oncle après un déjeuner et un thé devant la cheminée, je me rends compte dans mon RER pourri que deux stations plus loin habite mon légionnaire. Et qu’il est en perm depuis 1 mois à Paris. Et également que je n’ai pas daigné retourner ses appels ces quatre dernières semaines, trop occupée par mon boulot, trop préoccupée par mes petites histoires personnelles. Plus qu’une station avant d’arriver, je me dis qu’il est peut-être dans les parages et que ce serait vraiment chouette de passer le voir un peu ce soir.

Je compose le numéro de ses parents, car un légionnaire n’a ni portable ni maison à lui, ça ne sert à rien. Je tombe sur une dame, probablement sa mère, qui me dit qu’il est parti prendre son train. Elle me demande gentiment si je veux laisser un message, mais je réalise combien il doit être étrange pour une maman de recevoir des appels de jeunes filles qu’elle ne connaît pas demandant après son fils.
En raccrochant, je me rends compte tout à coup que je viens de le rater pendant un mois entier, et que le jour où je pense enfin à lui passer un coup de fil pour le voir, c’est justement celui qu’il a choisi pour repartir dans sa base, et ce pour 4 mois au moins. Arrivée à la station de mon légionnaire, je passe la tête par la porte, espérant qu’il prendra peut-être le même RER pourri que moi pour aller à la gare. Aucune trace.
Je me rassieds sagement sur mon siège, et en regardant le plan de ligne je m’aperçois que je passe par la Gare de Lyon, qui dessert le sud de la France. Je repense aux derniers mois, à lui qui était prêt à se taper 14 heures de train aller retour pour passer une soirée de perm avec moi à Cannes. A son sourire, à sa gentillesse, à son calme.

Peut-être que j’ai encore le temps de le voir 5 minutes avant qu’il ne prenne son train? Je fonce à la Gare de Lyon, et je me sens un peu perdue en arrivant dans le hall bondé. Des centaines, peut-être même des milliers de personnes se bousculent devant le panneau des trains au départ. Un cri d’effroi s’échappe de mes lèvres. Je ne sais même pas dans quelle ville se trouve sa base, ni même dans quel coin. Je sais juste que c’est dans le Sud, et que c’est loin de Cannes…
Je fais un premier tour de la salle, cherchant un jeune homme au teint pâle, les cheveux rasés, probablement un sac militaire sur le dos. Au fond je n’en sais rien, je ne suis même pas sûre de le reconnaître, ça fait plus d’un an que nous ne nous sommes pas vus, et je sais simplement qu’il a beaucoup minci.

Je repère un peu plus loin un jeune mec aux cheveux rasés, sac militaire sur les épaules. Puis un deuxième, un troisième. Je décide de suivre le premier vers le quai de départ de son train, et je me plante là, au bout du quai, et je commence à scruter les visages qui s’avancent vers moi. Une foule pressée me submerge, je fixe tous les visages un par un, presque sûre d’en rater la moitié. La tête me tourne, je n’y vois pas grand chose pour couronner le tout.

J’entends le train qui finit par partir derrière moi. Mauvaise piste. Je retourne près du tableau des départs, je sens que j’ai l’air un peu louche, paumée dans cette gare, regardant partout depuis 20 minutes, tournant en rond devant le panneau. Je réalise alors que la gare est pleine de militaires, sapeurs pompiers, marins, en fait tout le corps militaire français semble s’être donné rendez-vous ici pour regagner ses pénates. J’hésite un moment à demander à quelques têtes rasées s’ils ne sont pas légionnaires, et s’ils ne connaissent pas le mien par hasard. Mais c’est un peu pathétique, je ne me sens pas le courage. Qui d’autre que moi pourrait bien arriver dans cette immense gare un dimanche soir, à la recherche de quelqu’un qui ne l’attend pas, et dont on ne sait même pas s’il n’est pas déjà parti une demie-heure plus tôt… Je songe un instant à rappeler la mère de mon légionnaire, mais je ne veux pas lui faire penser que son fils a des relations douteuses avec une nana complètement jetée…

Et tout à coup, je le vois, là au milieu de la foule. Il m’a repérée, me fait un grand sourire, et s’avance vers moi. Il n’a pas beaucoup changé finalement, il est juste un peu plus mince, mais toujours aussi souriant…
… Nan, je peux pas vous faire ça. C’est pas vrai, je l’ai pas trouvé. Comme une scène de film romantique mais sans le happy end.

Quatre autres départs de trains plantée sur le quai à me geler sévère. J’ai fini par regagner le métro, dépitée, un peu honteuse.

Je me demande si sa mère ne voulait pas tout simplement dire qu’il était parti prendre un train de banlieue pour rejoindre des potes à Sarcelles ou je ne sais où. Et je me sens encore plus stupide.

Au total, une heure passée à me faire reluquer par des types bizarres au beau milieu d’une gare à zéro degré. Teenage K craint degun.

K.

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Une Réponse à “Mon Légionnaire – aka “Où est Charlie?””

  1. MICHEL Monique dit :

    Captivant, haletant …..J’y croyais, moi, au happy end !!! Essaie de savoir le jour et l’heure de son retour, même si c’est dans quatre mois, et écris-nous une belle suite, palpitante à souhait …. Pourvu que la Légion se soit contentée de le relooker !

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