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Ce que j’aime bien chez mon grand père, c’est que je ne le vois quasi jamais.
Je sais, ça peut paraître méchant, mais passez une soirée avec lui et vous comprendrez.
RDV à 18h30 pour l’apéro (c’est quoi ces horaires?) chez ma cousine avec la millefa. Arrivée au pied de l’immeuble, j’appelle pour connaître le code, et on me répond par un souffle d’atroce souffrance “à l’aide!”. OK, elle est coincée toute seule avec le papy, je suis la deuxième arrivée…
Le temps de monter les 6 étages à pied, et j’arrive, ruisselante et déjà crevée, à ce qui allait être une soirée certes courte, mais limite angoissante.
Petits fours, champ’, la cousine fait les choses bien. Mais côté discussion ça coince un peu. On passe en revue les épisodes glorieux du grand-père : barres asymétriques, course à pied, rien ne nous est épargné. Ah oui, je ne vous avait pas dit, mon papy est resté coincé en 1940. Ou quelque chose comme ça. De toute façon impossible d’obtenir une date ou quelque repère que ce soit, on sait juste que c’était il y a longtemps parce qu’il est vieux.
Après 60 effroyables minutes de warm up chez Nat Pac, direction le restaurant le plus glam de Paris, La Tour de Pise. Attendez, je vous dresse le tableau : lumière glauque, nappe à carreaux, serveurs même par italiens (Luigi? Mouais…), une bouteille de vin posée sur la table en exposition pour vendre la piquette aux clients. Jamais vu ça, même du fin fond de ma province. Au moins, nous on avait des vrais ritals.
Tout bien installés qu’on est, super serrés autour d’une table ronde dans un coin sombre du restau, Luigi vient vers nous et nous présente les vins, les plats, dans un italien très douteux. Fond sonore : Toto Cutugno. A cet instant, je rêve de savoir parler italien pour lui balancer une phrase bien sentie, à la Mouth dans les Goonies. Sûr qu’il se trouverait bien idiot, tiens.
La discussion n’a pas bougé depuis tout à l’heure, mon grand-père rit tout seul de sa voix rocailleuse. Il a plein de bonnes blagues, mais c’est dommage personne ne l’écoute. Le truc, c’est que tout le monde le connaît par coeur. Une fois qu’il a choppé ton regard, c’est fini pour toi. Plus moyen de t’en sortir. Il te happe, te raconte toute sa vie depuis 1923, et là tu n’as plus le choix. Parce qu’il ne laisse pas tomber l’affaire, non! Si tu as le malheur de regarder ailleurs, tu es rappelé à l’ordre dans les 5 secondes, la voix s’élève, il rit de plus belle, tout le monde alentour a les yeux rivés sur la table familiale, et alors tu baisses les bras et tu te replonges dans les souvenirs relous.
Le plat arrive, pasta tièdes et molles, sauce bolognaise Buitoni. Je regarde autour de moi, à la recherche d’une aide quelconque, et tout ce que je vois c’est l’écran de télé qui nous fait face, avec comme programme les accidents de sport les plus spectaculaires. Ca, ça plaît à mon papy, qui rigole dès qu’un pauvre quidam se crashe en bagnole sur la foule. J’ai envie de pleurer, je ne sais même pas pourquoi je suis là, si c’est son anniversaire ou je ne sais quoi, mais j’aimerais bien fuir à l’autre bout de la ville, loin du restau miteux et de ses lampes déprimantes.
Tout le monde a l’air crevé, ma tante, ma cousine, mon paternel, et je sens monter en nous tous la même hâte d’en finir. Le serveur revient à la charge pour le dessert. Tout le monde se met vite fait d’accord pour ne rien prendre, même pas un café, mais papy a une grosse fringale. Il demande au serveur de la glace au whisky. Pour rire bien sûr. Qu’est-ce qu’on rigole.
Heureusement pour mon père, il a une excuse béton pour partir vite. Eh oui, sa fille préférée a un RDV pour aller au ciné, et la pauvre, il ne va pas la laisser faire 200 mètres à pieds, il faut qu’il l’emmène en voiture!
20h45, le dîner a duré en tout et pour tout 1h15. Tout ça dans la joie et la bonne humeur. J’ai pu compter les mots échangés : au total 43.
Je ne veux pas devenir vieille et pas drôle.
K.
décembre 11, 2008 à 10:24
Si dans quelque temps je deviens aussi glauque au féminin que le fameux papy, que quelqu’un se dévoue pour m’abattre !!! Merci par avance …..
décembre 12, 2008 à 10:32
Ouh la, ça a l’air bien triste tout ça…
moi je n’ai jamais connu mes grand-pères, c’est peut-être mieux ainsi finalement…